Financer sa formation de pilote #4 – Optimiser les coûts et préparer le plan B

Published on

in

Introduction : Au fil de cette série, nous avons identifié les parcours , appris à monter un prêt, et exploré les aides alternatives. Vous avez votre plan de financement. Mais un devis de 100 000 € n’est jamais vraiment 100 000 €. Dans ce dernier article, nous allons aborder la stratégie : comment optimiser les dépenses, anticiper les coûts cachés et, surtout, comment se protéger en préparant un « plan B » vital.


L’art de l’optimisation : Réduire la facture

Une fois le budget global défini, chaque euro économisé est un euro de dette en moins.

Le choix clé : Modulaire vs. Intégré

Nous l’avons vu dans l’article 1, mais c’est ici que l’impact financier se joue.

  • Intégré : Le prix est « tout compris », mais peu flexible.
  • Modulaire : C’est la voie de l’optimisation.
    • PPL en aéroclub : Souvent 20% à 30% moins cher qu’en école (ATO).
    • Travailler entre les modules : Le modulaire permet de faire une pause pour renflouer les caisses, ce qui est impossible en intégré.
L’optimisation du Mûrissement (Hour Building)

C’est la phase où l’on peut le plus économiser. Une fois votre PPL en poche, vous devez accumuler des heures de vol (environ 100h) pour atteindre le prérequis du CPL. Voici comment ne pas payer ces 100 heures plein tarif :

  1. L’achat ou la copropriété : Au lieu de louer à l’heure, acheter (seul ou à plusieurs) un petit avion (type Jodel, Robin DR400, C150) peut être plus rentable si vous volez beaucoup. Vous le revendez (souvent sans perte) à la fin de la phase.
  2. Le vol à frais partagés : Des plateformes légales (comme Wingly ou Coavmi) vous permettent de proposer des vols (baptêmes, excursions) en partageant les coûts (essence, location) avec des passagers. Vous ne gagnez pas d’argent, mais vous volez gratuitement ou presque.
  3. Les « missions » d’aéroclub : Une fois que vous avez un peu d’expérience, proposez vos services à votre aéroclub. Vous pouvez convoyer des avions vers un atelier de maintenance ou les ramener. Ces heures de vol sont généralement gratuites pour vous.
  4. Voyager intelligemment : Montez un groupe de 3 ou 4 pilotes et partez pour un long voyage (un tour de France, un raid en Europe). En vous relayant aux commandes, vous accumulez des heures de Commandant de Bord (PIC) tout en divisant le coût de l’heure de vol par 3 ou 4.
  5. Partir à l’étranger (USA) : Le coût de l’heure de vol (« wet rate » – essence incluse) est souvent bien moins cher aux États-Unis. Un séjour de deux mois dédié au mûrissement peut être financièrement très intéressant, même en comptant le billet d’avion.

Le « mûrissement intelligent » : Devenir instructeur (FI)

Une stratégie avancée : après le CPL/IR, passez la qualification d’instructeur (FI). Vous pourrez alors faire vos heures de mûrissement en étant payé (ou gratuitement) pour donner des cours en aéroclub, au lieu de payer pour les faire.

Le mirage de l’étranger (USA, Europe de l’Est)

Partir en Pologne, en Grèce ou aux USA pour sa formation peut sembler attractif (coût horaire plus bas).

  • Les avantages : Coût de la vie et de l’heure de vol parfois réduits.
  • Les inconvénients (à chiffrer !) :
    • Conversion de licence : Une licence FAA (USA) doit être convertie en EASA (Europe). Cela a un coût (examens théoriques, tests en vol).
    • Qualité : Assurez-vous que la formation « low cost » suit bien les standards EASA les plus stricts.
    • Frais annexes : Billets d’avion, logement sur place, éloignement du réseau familial.
Le budget réel : Anticiper les coûts cachés

Votre devis est incomplet. Prévoyez toujours une marge de sécurité de 10% à 15% pour…

  • Les « re-vols » : Si vous échouez à un test en vol (CPL, IR…), vous devrez payer des heures de vol supplémentaires et les frais d’examen.
  • Les frais d’examens : Les examens théoriques ATPL (environ 1500 €), les tests en vol, les frais administratifs DGAC.
  • Le matériel : Casque (500-1000 €), iPad (pour la navigation), manuels, cartes…
  • Le coût de la vie : Si votre formation n’est pas près de chez vous, le logement et la nourriture pendant 18-24 mois pèsent lourd.
  • La Qualification de Type (QT) : Le « permis » pour un avion de ligne (A320, B737). Sauf programme cadet, elle est souvent à la charge du pilote lors de la première embauche (coût : 15 000 € à 30 000 €). Certaines banques l’incluent dans le prêt initial.

Le Plan B : Votre parachute de sécurité

C’est le point le plus important de cette série. Que se passe-t-il si tout s’arrête ?

Le risque médical (Perte de la Classe 1)

Vous pouvez perdre votre aptitude médicale (vue, ouïe, problème cardiaque…) à tout moment.

  • L’assurance du prêt : Comme vu dans l’article 2, l’assurance de votre prêt doit impérativement couvrir l’ »inaptitude de vol ». Si vous devenez inapte, l’assurance rembourse la banque.
  • L’assurance « Perte de Licence » (LOPI) : C’est une assurance privée qui vous verse un capital si vous perdez votre médical. Elle est souvent souscrite après l’embauche, mais certaines existent pour les élèves.

Le risque pédagogique et économique (Échec ou pas d’emploi)

Que se passe-t-il si vous échouez à l’ATPL théorique, ou si le marché de l’emploi est fermé quand vous terminez ?

  • Le « Diplôme Parachute » : C’est la meilleure des garanties. N’arrêtez JAMAIS vos études après le Bac pour commencer une formation pilote si vous n’avez que ça.
  • La voie royale (sécurité) : Faire un diplôme « solide » avant (BTS, Licence, Master, Diplôme d’Ingénieur).
  • Pourquoi ?
    1. Si vous échouez, vous avez un autre métier (et un diplôme) pour rembourser votre prêt.
    2. Cela rassure le banquier de manière phénoménale.
    3. Cela vous donne une maturité que les compagnies apprécient.
  • L’ENAC (GSEA – Ingénieur et pilote) ou les doubles cursus sont l’exemple parfait de cette sécurité.

Conclusion de la série

Devenir pilote de ligne est un projet de vie. Le financement est le premier « test en vol » de votre carrière : il teste votre rigueur, votre capacité de planification et votre gestion du risque.

Nous avons vu qu’il n’y a pas une, mais de multiples façons de financer ce rêve :

  1. Choisir le bon parcours (Art. 1)
  2. Bâtir un dossier solide pour la banque (Art. 2)
  3. Chercher activement toutes les aides possibles (Art. 3)
  4. Maîtriser ses coûts et assurer ses arrières (Art. 4)

C’est un marathon financier, mais avec un plan de vol clair et un bon plan B, le jeu en vaut la chandelle.

Laisser un commentaire

En savoir plus sur DB PILOTE

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture